Chat control - introduction pour comprendre une obscure directive européenne
La loi "chat control" doit être approuvée par les ministres de l'intérieur de l'UE le 10 octobre.
Depuis 2020 se joue au parlement européen l'avenir de nos modes de communication sous le nom de loi CSAR (pour Child Sexual Abuse Regulation), aussi nommée loi "chat control". Il est question du droit à chiffrer nos messages transmis par voie numérique.
Tout d'abord, en disant "chiffrer", on peut craindre de perdre les trois quarts de l'auditoire. Mais en fait c'est simple, chiffrer un message, un anglicisme fait aussi dire "crypter", c'est juste comme fermer l'enveloppe qui le contient. La différence entre un message clair et un message chiffré est un peu la même qu'entre une carte postale et une lettre fermée. Il y a cependant quelques différences :
Une fois la carte postale distribuée, seul le destinataire en dispose, alors que des copies de tous les messages se trouvent dans nos terminaux et chez les prestataires de messagerie.
Les cartes postales ne peuvent pas être analysées à grande échelle, les messages électroniques si, et ils le sont.
Plusieurs outils de messagerie sont donc apparus pour rendre possible ce qui se fait depuis toujours avec la poste traditionnelle : fermer son enveloppe pour que le destinataire puisse voir qu’il est le seul à l’avoir ouverte.
La loi CSAR – chat control vise à permettre de lire facilement le contenu des communications de tout le monde pour faciliter les enquêtes visant à lutter contre la pédopornographie. L’intention est louable et personne ne conteste l’action de la police ou de la justice quand elle enquête, infiltre, condamne les criminels et démantèle les réseaux, au contraire, qu’un maximum de moyens soient mis à leur disposition fait consensus.
Mais cette loi permettrait la mise en place de dispositifs dit de " scan coté client ", c’est à dire une surveillance des photos, vidéos et conversations directement dans les smartphones et ordinateurs des citoyens.
C’est une vieille question : pour trouver les criminels, le mieux serait peut-être de surveiller tout le monde ? Sauf que c’est une des limites entre démocratie et dictature qui menace d’être franchie : le droit à l’intimité et à la vie privée.
Ce droit est déjà bien mis à mal par le modèle économique du web qui repose sur la vente des données comportementales et la publicité ciblée. Mais ne pas pouvoir préserver un peu de confidentialité dans nos communications représente une importante marche dans nos pertes de libertés.
De plus, de nombreux spécialistes pointent l’inefficacité technique du dispositif.
On peut aussi craindre que ces mesures initialement dédiées à la lutte contre la pédocriminalité ne voient leur champ élargi par la suite. L’expérience des militants écologistes fichés S alors que ce fichier était au départ restreint au cadre de l’antiterrorisme peut légitimement nous rendre pessimistes sur l’avenir de ce type de mesure.
Quelques articles complémentaires :
https://iloth.net/reglement-csar-csem-sur-le-controle-des-communications/
https://iloth.net/2023/05/traduction-du-dossier-chat-control-2-0-de-patrick-breyer/
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